Réflexions tournées vers l'avenir, d'un vieux socialiste confiné.

Mon billet reprend l'essentiel de la lettre que j'ai adressée aux militant.e.s et sympathisant.e.s de notre section.



Voila 6 semaines que nous sommes confinés.

A Saint-Malo la crise sanitaire semble bien maîtrisée et la contamination n’a jamais dépassé les capacités de notre système hospitalier pourtant mis à mal par la politique de santé du gouvernement. Merci aux soignant.e.s qui font un travail formidable à l’Hôpital, en Ehpad et en ville. L’action des personnels des Ehpad de l’hôpital a été particulièrement utile et attentionné et le covid19 y a semble-t-il été contenu, sans faire subir aux pensionnaires et à leurs familles de trop lourdes contraintes. On ne compte pas - du moins il n’y en a pas de déclarés - de décès dus à la maladie. 

Dans leur ensemble les Malouin.e.s ont fait preuve de beaucoup de civisme respectant les consignes de confinement. Ils ont aussi pour la la plupart maîtrisé leur peur : Le virus n’a pas trop fait perdre le sens de l’accueil et de l'ouverture - sauf chez quelques imbéciles, délateurs congénitaux qui s’occupent en surveillant le voisinage ! Les mêmes qui rejettent l’étranger… Non les hordes de "Parisiens contaminés"  ne se sont pas abattus sur nous ! 
 
On a vu des initiatives solidaires se développer pour venir en aide aux plus fragiles et aux personnes isolées. Portée par notre camarade Pierre Site, nouveau président du comité de quartier de Saint-Servan coordonne l'action de 70 bénévoles qui assurent les courses ou l'écoute d'une cinquantaine de personnes isolées . Il y a bien d’autres initiatives bénévoles sur le territoire.

​Aujourd’hui préparons le dé-confinement.

Pour les seniors nombreux dans notre ville et nos organisations, atteints par la limite d’âge et la co-morbidité (qui va souvent de pair) la perspective était devenue bien noire : confinés ad vitam ! De force, sous surveillance policière et médicale ! Heureusement de partout en France est montée une sourde mais forte protestation qui a fini par être entendue : les seniors - pour pas dire les vieux - refusent d’être protégés malgré eux, infantilisés, mis sous cloche, empêchés durablement d’exercer leurs responsabilités associatives, politiques, familiales ! De l'état de "confinés réglementaires" nous deviendrons sans doute à compter du 11 Mai " des confinés consentants, volontaires...", ça n’a l'air de rien mais ça change tout. Nous exercerons notre libre arbitre pour nous protéger nous-même et notre entourage, sans perdre le lien social et en exerçant notre devoir et engagement de solidarité. Nous retrouverons le libre usage de l’espace public et naturel en étant attentif et en respectant les règles de protection sanitaire ! C’est du moins notre volonté et notre espoir.

Pour les enfants, les jeunes et l’ensemble des actifs, appelés aux études et au travail, le déconfinement devra être progressif et sécure pour chacun et pour tous, afin d'éviter - tant que faire se peut - une seconde vague épidémique. Nous devrons être attentifs, en alerte, sur la manière dont sur notre territoire s'organise cette étape cruciale. Sur les moyens qui seront pris et donnés à la population.

Veillons à la mise en place immédiate de mesures prévenant le décrochage social des personnes et familles qui perdent leurs revenus.

Pour faire face aux effets sociaux immédiats de la crise on peut interroger les pouvoirs publics et notamment la mairie sur un certain nombre de mesures immédiates à prendre pour soulager les personnes et familles qui perdront des revenus et préparer les transitions. Par exemple : 
  • moratoire sur les loyers dans l’habitat social, 
  • gratuité et sécurisation sanitaire des transports en commun. Accroissement du nombre de bus aux heures d'affluence pour maintenir les distances entre usagers.
  • distribution de chèques repas et ou bons d'achats pour les produits de première nécessité achetés chez les commerçants de proximité. Pourquoi pas en monnaie locale comme le Galléco.
  • un soutien financier et organisationnel aux modes de distribution solidaires de la nourriture et des produits de première nécessité privilégiant les circuits courts ; l'encouragement à la mise en place de marchés de producteurs locaux solidaires, s'engageant sur le maintien de prix accessibles, tout en garantissant la juste rémunération de leur travail.
  • le soutien aux initiateurs de jardins partagés et l’autorisation de cultiver sur l’espace public… 
  • l'encouragement à l’usage du vélo en alternative aux transports en commun (pour prévenir les risques d'engorgement) par la transformation en voies cyclables de certaines rues, selon un plan global de circulation intégrant transport en commun et modes de transports doux.

Il faudra aussi très rapidement que la ville mette en place un observatoire social permanent permettant de dresser un tableau de bord de l’emploi et des conséquences sociales des baisses d’activité et revenus sur les populations les plus précaires de l'agglomération.

La question de l’accueil des vacanciers va ici cristalliser une grande partie des inquiétudes sur la reprise de l’activité économique et ses conséquences sociales.  Aucune bonne solution ne sera trouvée sans faire appel à la coopération et à l’intelligence citoyenne. Cette question devra être précédée de celle des modalités de réouverture en sécurité des jardins et espaces naturels et particulièrement les plages.

Nous serons attentifs à la manière dont la mairie et l'agglomération gèreront la période. Monsieur Renoult, le "Maire maintenu" par le Covid19, n’a jamais brillé par sa gouvernance participative !

Au-delà du déconfinement, préparons aussi les "jours d'après"

Le jour d'Après ne pourra pas être un retour à la situation d’Avant. Cela semble entendu pour tout le monde, mais méfions- nous ! le scénario n’est pas écrit et la petite musique des chantres de l’économie libérale et capitaliste se fait de plus en plus entendre pour substituer au tout sanitaire le tout économique au détriment du social, du commun, du convivial… Et pourtant d'action sociale, de service public, de solidarité et de convivialité il en faudra beaucoup pour remédier aux dégâts de la crise économique inédite qui s’annonce et pour pouvoir vivre avec le virus dont on est loin d’être débarrassé ! 

Notre combat contre les politiques néolibérales, antisociales et contre les risque de l’extrême droite devra prendre un tour plus déterminé, d’une certaine manière plus radical. Les transitions (écologiques, sociales, démocratiques) ne pourront plus être un simple horizon mais advenir réellement, Et il nous faudra définir et assumer individuellement et collectivement les bouleversements nécessaires de nos modes de vies. 

Non, comme voulaient nous le faire croire les chantres du « no alternative », nous n’étions pas à la fin de l’Histoire, mais elle reste à écrire entre Transitions, Révolution, Restauration.

​La démocratie est un enjeu majeur.

La crise sanitaire est gérée de manière centralisée et autoritaire au niveau de l'Etat central par un exécutif affaibli qui perd chaque jour de sa légitimité démocratique… Un pouvoir qui ignore ou place en état de subordination les échelons de gouvernance les plus proches des citoyens : la commune, les inter-communalités. Et cela s’inscrit depuis trois ans dans un mouvement de dénaturation systématique des processus démocratiques. Un pouvoir qui a ignoré et maltraité toutes les organisations qui sont l’essence de notre démocratie : syndicats, associations, parlement, élus locaux, élus et institutions professionnelles… Le risque d’un état d’exception permanent et d’une répression renforcée et systématique des conflits sociaux à venir est réel et doit nous préoccuper !

La lutte contre le covid 19 a eu pour conséquence la suspension des élections municipales. Dans plus de 5000 communes dont Saint-Malo, qui n’ont pas désigné au premier tour le conseil municipal, les deux tours de l’élection devront être rejoués.

Qu’elles soient programmées en Octobre ou en Mars prochain, ces nouvelles élections municipales se tiendront dans un contexte profondément différent de celui du 16 Mars. Ici elles ne pourront être la prolongation pure et simple d’un premier tour avorté. L’échec cuisant des deux listes de la gauche sociale, écologiste et citoyenne empêche de repartir sur des bases identiques. Un rassemblement large des forces de gauche doit être recherché pour contrecarrer l’hégémonie locale des centres et de la droite libérale (les 4 listes Macron compatibles ou de droite républicaine libérale).

Nous soutiendrons notre camarade Pierre Site - qui assume en ce moment son mandat d'opposition au conseil municipal maintenu -  et qui travaille à la constitution d'une liste de Malouins et Malouines, impliqués sur le territoire et capables de relever le défis du gouvernement de la municipalité et de l'agglomération. Les élus - dans la majorité et dans l'opposition - seront en première ligne pour faire face durablement à la crise systémique et à ses conséquences de court, moyen et long terme.

Nous devons comprendre pourquoi les stratégies des forces de gauche se soldent par un échec sur notre territoire.

Nous devons tirer les leçons de 4 années d’efforts inlassables et constants de notre part pour construire une union durable des gauches sociales écologistes. Pourquoi cela s’est-il soldé par des échecs à répétition (aux présidentielles, aux législatives aux municipale) pas seulement pour notre parti mais toutes les forces de gauche et progressistes sur le territoire.

A Saint-Malo les acteurs de la gauche sociale, écologique, progressiste, anticapitaliste, anti libérale sont un noyau actif et mobilisé. Ils se connaissent, se parlent, savent s'allier sur des combats communs et depuis un an cela c'est exprimé, autour d'ATTAC qui fédère le combat antilibéral, dans l'organisation de la collecte de signatures pour le référendum contre la privatisation et l'organisation de la première journée des luttes. 

Mais cette énergie militante investie dans la protestation et les actions de défense ne parvient pas à s'imposer ici pour gouverner la collectivité et conduire une politique alternative. Pire sans doute, un fossé s'est creusé entre les militants politisés, organisés dans les partis, les syndicats, les associations de défense et de nombreux citoyen.ne.s impliqués dans la vie sociale, culturelle, l'action écologique, le développement de l'économie sociale et solidaire... Là où s'imagine et s'expérimentent des solutions, des voies concrètes de transition. Il faut aussi comprendre la fracture générationnelle  : la pyramide des âges de  nos organisations est problématique.

Pour les municipales deux propositions, deux voies, deux méthodes (pas si éloignées) ont été été proposées au vote des citoyen.ne.s malouin. Ni l'une ni l'autre n'a convaincu un nombre suffisant d'électeur avec pour conséquence le pire score des forces de Gauche (moins de 17 % des voix) à l'élection municipale. Jamais n'a manqué au conseil municipale une opposition de gauche. Les forces centristes et de droites libérales ont a nouveau gagné et ce qui se profilait à l'issue du 1° tour c'est un retour au pouvoir de la bonne droite libérale matinée sociale. Elle reprend la main après un épisode plus radicalement libéral et trop "bouleversifiant" pour une bourgeoisie locale âgée et majoritairement rentière et les quelques acteurs économiques (industriels et commerciaux) dominants, finalement déçus.
 

Une démocratie apprenante

La démocratie permanente et coopérative à laquelle nous aspirons, fondée sur l'implication des citoyen.ne.s dans la gestion du commun, ne peut être fondée sur le seul engagement d’élus professionnalisés, ni rester confinée dans le cénacle des organisations politiques. Pour rester des instruments utiles à la démocratie les partis et organisations politiques doivent profondément se réinventer et ils ne le feront pas en restant tournés sur eux-mêmes… Il faut qu'il redeviennent les lieux ressources, support aux initiatives progressistes, transformatrices de la société que portent des citoyen.ne.s impliqué.e.s, innovateurs, solidaires, préoccupé du bien commun et de la vie de la cité.

L'information, la production et le partage de la connaissance, l'apprentissage pour l'action et dans l'action, constituent des des fonctions éminemment politiques que les partis politiques peuvent porter, encourager, renouant ainsi avec leur vocation d'éducation populaire* qui a longtemps caractérisé les organisations de gauche.

Alain JAUNAULT
Secrétaire de la section du PS de Saint-Malo


* Selon Christian Maurel, l'éducation populaire recouvre « l'ensemble des pratiques éducatives et culturelles qui œuvrent à la transformation sociale et politique, travaillent à l'émancipation des individus et du peuple, et augmentent leur puissance démocratique d'agir ". On peut la compléter par la définition canadienne et plus largement anglos-saxone de "l'éducation populaire communautaire " : Supporter et s'appuyer sur des démarches d’apprentissage et de réflexion critique par lesquelles des citoyens et citoyennes mènent collectivement des actions qui amènent une prise de conscience individuelle et collective au sujet de leurs conditions de vie ou de travail, et qui vise à court, moyen ou long terme, une transformation sociale, économique, culturelle et politique de leur milieu ". 
Mardi 28 Avril 2020
Alain Jaunault



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Jeudi 18 Juin 2020 - 15:50 Passage de relais.




LE BILLET

Municipales, fin ! Le PS animera, au cœur de la cité, une opposition active, critique et proposante.

Saint-Malo a élu un maire. Quelque particulière qu'elle fût, l'élection de Monsieur Gilles Lurton a pleinement répondu aux exigences d'un scrutin démocratique constitutionnel.

Le décrochage de la participation citoyenne rend historique, ce scrutin. Chacun de ceux qui animent la vie collective, depuis la belle idée de représentation de la volonté commune, est appelé à s'interroger sur le rôle qui peut être le sien au service de la restauration d'un lien civique des citoyens entre eux et des citoyens aux institutions républicaines.
 
Ce lien s'est incontestablement distendu. 
 
La persévérance individualiste, communautariste, corporatiste, claniste, tient aujourd'hui de plus en plus lieu de boussole au coeur de la communauté politique. La colère, l'amertume, l'adulation sans frein, la réaction instantanée, le procès permanent des uns par les autres, semblent chaque jour y prendre davantage le pas sur la raison éclairée par le long temps, la mémoire, la patience, la compréhension posée de la nature, de l'histoire et de la dignité d'autrui.
 
Saint-Malo a élu un maire. Quelque particulière qu'elle fût, l'élection de Monsieur Gilles Lurton a pleinement répondu aux exigences d'un scrutin démocratique constitutionnel.
 
Nul ne saurait par conséquent remettre en cause sans imprudence, sans légèreté, sans inconséquence, la légitimité du nouvel exécutif.

​Nous saluons le choix des électeurs : il s'impose à tous les démocrates.

Mais l'heure est à la mobilisation de tout un chacun, quelle que soit son orientation politique, sociale ou sociétale. Il convient aujourd'hui de redonner toute sa force à ce qui demeure moderne, neuf, transgressif, profondément exceptionnel :  l'idée d'un destin commun apaisé, fraternel, solidaire, à la fois fondé sur la volonté des citoyens de construire par et pour autrui et sur l'engagement des institutions qu'ils échafaudent à répondre pleinement à cette volonté. 
 
Le Parti socialiste malouin, humblement, à sa place, entend tirer toutes les leçons d'une situation dont il ne veut ni dissimuler -ni se dissimuler- le caractère critique.
 
Il prendra dans les jours, les semaines et les mois qui viennent, loin des combinaisons politiques superficielles, loin des sirènes démagogiques irresponsables, des initiatives visant à la démonstration de la haute vertu de la vie civique et des valeurs républicaines.
 
 
 

Alain Jaunault
28/06/2020

Vu, lu, entendu

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04/07/2018