Pour une démocratie permanente

Dans 6 semaines, le vote aux élections européennes ouvre "un long tunnel démocratique". Sur quatre années les citoyens seront appelés à six reprises, à désigner les élus à tous les échelons de la démocratie représentative (conseil européen, conseils municipaux et d'agglomérations, conseils départementaux, conseil régionaux, enfin présidence de la république et assemblée nationale). D'ici 2022 on ne va pas arrêter de voter ! Cela répondra-t-il pour autant à la soif de démocratie participative et à la revendication d'une démocratie permanente ? Rien n'est moins sûr, hélas.



La succession ininterrompue d'élections ne garantie pas la démocratie

 
La seule dimension représentative de notre démocratie ne satisfait plus la volonté du citoyen d'être écouté et entendu et son aspiration à contribuer aux décisions qui le concernent. Déléguer le pouvoir de gouverner et d'administrer la collectivité à une poignée d'élus ne suffit plus : 
  • D'abord parce que trop d'élus ne se sentent pas engagés par leurs promesses électorales et ne considèrent souvent l'électeur qu'à la veille de l'élection.
  • Ensuite parce que les élections non proportionnelles à deux tours, aboutissent à la désignation d'élus par défaut plus que par adhésion majoritaire à des orientations.
  • Enfin un mandat attribué sur des orientations politiques générales n'implique pas accord sur les décisions à prendre et les actions à mener pour leur réalisation concrètes. Il faut maîtriser l'art de l'ajustement des solutions dans la confrontation au réel et au temps. Ce qui ne peut se faire sans l'implication des parties prenantes.

La dévitalisation des partis politique nuit à la démocratie

Le droit de constituer, d'adhérer, de contribuer au fonctionnement et au financement d'un parti politique de son choix est constitutif de la démocratie. L'engagement militant dans un parti politique manifeste une volonté personnelle et collective de peser et de participer activement au jeu démocratique. Pourquoi alors cette désaffection et cette méfiance envers les partis et l'engagement politique qui s'exprime dans le "dégagisme généralisé" et le refus, des gilets jaunes par exemple, de s'organiser ou de rejoindre des organisations ? 

Il faut écouter ce que disent souvent les militants en rupture.
  • Alors qu'ils ont été mandatés par les adhérents et soutenus par eux lors de la campagne électorale, souvent les  élus ne trouvent plus le temps de rendre compte de leur action ;  ils négligent de consulter les militants pour enrichir leur réflexion. Ils ne se soumettent pas davantage à la validation et à l'évaluation par eux de leur action. Ils manifestent ainsi leur peu de reconnaissance de l'expertise citoyenne.
  • Bien des élus se considèrent comme des travailleurs indépendants, propriétaires de leur mandat.
  • Les partis sont devenus d'abord des machines à élections. Les plus structurés ont une vrai compétence en "ingénierie électorale" avec des professionnels de la communication et du pilotage électoral qui savent manager des troupes de petites mains "colleurs d'affiches", "distributeurs de tracts". Et quand le militant de base manque  - fatigué de si peu compter - on peut toujours faire appel (grâce aux financements électoraux), aux sociétés spécialisées d'affichage ou de distributions dans les boites aux lettres, mieux encore aux startups du webmarketing électoral. Les réseaux sociaux se substituent à la place du marché ou aux cages d'escaliers ! Sans parler des techniques de webmarketing politique de plus en plus sophistiquées et efficace dans la manipulation de l'opinion.

Pas étonnant alors que d'une élection à l'autre, il reste peu de monde pour penser et se former ensemble. On ne prend plus les moyens ni le temps pour appréhender et comprendre les mouvements de la société ; pour écouter et associer les citoyens ;  pour générer, former, entourer des élus, enrichir et évaluer leur action.

Les courtes périodes de campagne électorale à répétition sont insuffisantes pour co-construire avec les citoyens qui veulent s'impliquer "des contrats de mandature" qui engageront l'élu et constitueront le référentiel de pilotage et d'évaluation de son action.
 
Les partis politiques, comme d'autres maillons  clés de la démocratie (syndicats, associations...) sont ainsi dévitalisés, détournés de leur mission, décrédibilisés, laissant place à des élus professionnalisés et déconnectés du corps social. Des élus qui se distinguent de moins en moins dans l'exercice du pouvoir, des cadres et techniciens des administrations publiques, voire dépendent de leur expertise du pouvoir, n'exerçant plus alors réellement le mandat délégué par le citoyen électeur.
 

Mettre en œuvre le "principe de subsidiarité"

L'envie de démocratie permanente et participative s'accompagne de l'exigence d'une décentralisation du pouvoir, pour une prise de décision plus proche du citoyen et une plus grande autonomie locale. Cela entraine une sur-valorisation du territoire de vie comme terrain d'exercice démocratique, avec  des traductions au mieux municipalistes (auto-gestion, fédéralisme...), au pire localistes ( "clochemerlisme", communautarisme territorial excluant...). 

Le "principe de subsidiarité" - un concept fondateurs des institutions Européennes trop souvent oublié - pourrait inspirer le processus démocratiques permanent et participatif. 

Le principe de subsidiarité est une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d'une action publique, lorsqu'elle est nécessaire, revient à l'entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action. Ainsi, lorsque des situations excèdent les compétences d'une entité donnée responsable de l'action publique, cette compétence est transmise à l'entité d'un échelon hiérarchique supérieur et ainsi de suite. Le principe de subsidiarité veille à ne pas déconnecter la prise de décision publique de ceux qui devront la respecter. C'est en somme la recherche du niveau hiérarchique pertinent auquel doit être conçue une action publique" (source wikipédia).  voir aussi sur "la toupie

La mise en œuvre de ce principe amène les citoyens et les responsables politiques :
  • à s'interroger sur le meilleur lieu / niveau de conception et de décision des politiques publiques. de gestion et organisation du commun, des biens communs : au niveau de la rue, du quartier, de la commune, de l'EPCI, du département, de la Région, de l'Etat, de l'Europe, du monde ?
  •  à imaginer et expérimenter des modes de pilotage et d'intégration de ces ensembles territoriaux. 

Créer les conditions de l'engagement pour la cité

Un état démocratique doit garantir à chaque citoyen la liberté de manifestation dans l'espace publique pour exprimer ses désaccords, sa mauvaise humeur, revendiquer des solutions pour la défense de ses intérêts, réclamer justice et réparation... Mais l'exercice du pouvoir démocratique citoyen ne peut se réduire à cela. 

Il s'exprime aussi dans la prises de décisions et l'assurance de leur bonne mise en œuvre. L'exercice du pouvoir démocratique est une prise de risque : celle de se tromper, celle de ne pas réussir, celle de décevoir ou d'être déçu, celle aussi de devoir faire marche arrière, de subir la critique, celle d'être sanctionné. 

Pour dé-professionnaliser la politique il faut appeler et favoriser l'engagement citoyen. Le premier des engagements est la participation aux consultations électorales. L'obligation de voter, à condition de reconnaitre le vote blanc comme un suffrage exprimé constitue une bonne piste de solution.

Pour soutenir l'engagement citoyen il faut multiplier et diversifier les modalités de consultation et d'expression citoyennes : référendums, votes préférentiels,  jurys, panels citoyens... (constitués par adhésion volontaire ou par tirage au sort), conférences de consensus, toutes possibilités et occasions d'exprimer un avis, une position. 

Qu'il ou elle exerce un mandat dans une institution de pouvoir démocratique, qu'il ou elle participe ponctuellement à des instances de concertation, de consultation, d'élaboration institutionnelle, ou qu'il/elle exerce, au quotidien, son rôle de simple citoyen, chaque citoyen.ne doit bénéficier de garanties et de moyens accrus pour exercer son pouvoir et son expertise citoyenne (au plan local, national, européen). Avoir du temps, des informations, de la formation, l'appui d'experts, être défrayés pour le temps passé et la mobilisation de ca compétence enfin obtenir assistance et protection juridique.
 
Ainsi, l'adoption et le financement d'un vrai statut de l'élu et au delà, du militant - politique, syndical, associatif...- est nécessaire pour donner à toutes et tous les moyens et la compétence de l'engagement et en assurer le risque. Contrairement à ce qui est souvent dit, la démocratie à un coût et il faut le financer. 
 
Bien sûr une réforme constitutionnelle d'ampleur serait nécessaire pour corriger et dépasser les effets délétère du pouvoir souverain de la présidence sous la Vème république. Mais pas besoin d'attendre pour se donner le droit d'expérimentation au plan des collectivités locales en utilisant les outils existants ou en en inventant d'autres : commissions extra municipales, groupes consultatifs dans le cadre de processus de design des politiques publiques, comités de quartiers, budgets participatifs... les modalités d'organisation et les expériences dont on peut s'inspirer et tirer des apprentissages, ne manquent pas...
 

Des militants socialistes, coopérateurs.trices pour une démocratie permanente.

C'est cette réflexion, partagée par notre petit groupe malouin de militant.e.s socialistes, qui fonde notre engagement dans le processus électoral qui s'ouvre. 

Nous ne sommes pas une écurie de leaders politiques et notre but n'est pas de propulser des camarades à la mairie (ou au gouvernement des autres institutions politiques locales...). Nous voulons d'abord créer des conditions favorables, avant et après les élections, à l'exercice d'une démocratie participative et permanente. 

Pour nous cela passe par la recherche d'un espace et d'un temps de rassemblement, d'écoute et d'intégration de l'expertise citoyenne. Cet espace n'est pas réductible à un parti. Il existera s'il est ouvert, soutenu et reconnu par le plus grand nombre de citoyens, de militants et d''organisation politiques, associatives, syndicales qui recherchent des solutions pour faire face à l'urgence sociale, écologique et démocratique sur le territoire.
 
Notre volonté est de contribuer - à notre place -  à la création  et au fonctionnement de cet espace. A Saint-Malo, depuis la présidentielle et les législatives de 2017, nous travaillons dans ce sens, dans la dynamique "pour une gauche nouvelle".


Alain Jaunault (secrétaire de section)
Christian Bailleul (trésorier)
Pierre Site (élu au conseil municipal de Saint-Malo)
 
Mardi 16 Avril 2019



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Jeudi 18 Juin 2020 - 15:50 Passage de relais.




LE BILLET

Municipales, fin ! Le PS animera, au cœur de la cité, une opposition active, critique et proposante.

Saint-Malo a élu un maire. Quelque particulière qu'elle fût, l'élection de Monsieur Gilles Lurton a pleinement répondu aux exigences d'un scrutin démocratique constitutionnel.

Le décrochage de la participation citoyenne rend historique, ce scrutin. Chacun de ceux qui animent la vie collective, depuis la belle idée de représentation de la volonté commune, est appelé à s'interroger sur le rôle qui peut être le sien au service de la restauration d'un lien civique des citoyens entre eux et des citoyens aux institutions républicaines.
 
Ce lien s'est incontestablement distendu. 
 
La persévérance individualiste, communautariste, corporatiste, claniste, tient aujourd'hui de plus en plus lieu de boussole au coeur de la communauté politique. La colère, l'amertume, l'adulation sans frein, la réaction instantanée, le procès permanent des uns par les autres, semblent chaque jour y prendre davantage le pas sur la raison éclairée par le long temps, la mémoire, la patience, la compréhension posée de la nature, de l'histoire et de la dignité d'autrui.
 
Saint-Malo a élu un maire. Quelque particulière qu'elle fût, l'élection de Monsieur Gilles Lurton a pleinement répondu aux exigences d'un scrutin démocratique constitutionnel.
 
Nul ne saurait par conséquent remettre en cause sans imprudence, sans légèreté, sans inconséquence, la légitimité du nouvel exécutif.

​Nous saluons le choix des électeurs : il s'impose à tous les démocrates.

Mais l'heure est à la mobilisation de tout un chacun, quelle que soit son orientation politique, sociale ou sociétale. Il convient aujourd'hui de redonner toute sa force à ce qui demeure moderne, neuf, transgressif, profondément exceptionnel :  l'idée d'un destin commun apaisé, fraternel, solidaire, à la fois fondé sur la volonté des citoyens de construire par et pour autrui et sur l'engagement des institutions qu'ils échafaudent à répondre pleinement à cette volonté. 
 
Le Parti socialiste malouin, humblement, à sa place, entend tirer toutes les leçons d'une situation dont il ne veut ni dissimuler -ni se dissimuler- le caractère critique.
 
Il prendra dans les jours, les semaines et les mois qui viennent, loin des combinaisons politiques superficielles, loin des sirènes démagogiques irresponsables, des initiatives visant à la démonstration de la haute vertu de la vie civique et des valeurs républicaines.
 
 
 

Alain Jaunault
28/06/2020

Vu, lu, entendu

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04/07/2018